Nagasaki : quelle histoire de la bombe ?

Nagasaki est tristement connue, par les occidentaux du moins, pour le bombardement atomique qui rasa la ville le 8 août 1945. Le musée de la bombe, consacré à ce fait historique a retenu notre attention de par la manière dont est racontée l’histoire de la bombe qui a causé la mort de plusieurs milliers de personnes.

Difficile de raconter l’histoire de manière neutre, surtout celle chargée d’émotion et de deuil. Le mémorial de la bombe, situé au point d’impact, semble donner le ton en rappelant de ne jamais oublier la mort de milliers de civils, femmes et enfants lors de l’explosion. Il est dès lors assez naturel de se sentir mal à l’aise en regardant autour de soi tout en s’imaginant la bombe qui a explosé là, à l’endroit où l’on se tient, à environ 500 mètres au-dessus du sol ravager les alentours pour n’en laisser qu’un tas de ruines, de chair brûlée et de cris d’agonie. Ces ruines on peut d’ailleurs les voir, reproduites dès l’entrée du musée, au milieu des écrans sur lesquels sont vidéo-projetés des images de la ville, vue du ciel ou du sol, avant et après le largage de Fat Boy. Cette dernière est d’ailleurs exposée en taille réelle un peu plus loin. Toutes les informations sur sa composition sont données par ailleurs. Mais revenons un peu en arrière, juste avant d’admirer l’explosif. Sur un mur, des photos accompagnées de courtes chronologies qui décrivent parfois avec une précision étonnante le déroulement par exemple du processus décisionnel ayant mené au bombardement. Des premières discussions entre Churchill et Roosevelt au sujet du problème japonais, jusqu’au décollage de l’avion en passant par l’heure à laquelle la cible fut choisie, ou encore le jour où l’armée américaine chargeait Fat Boy dans son bombardier, le visiteur est amené jusqu’au moment fatidique de l’explosion qu’il n’a aucun mal à imaginer, tant par les images que par les sons, les témoignages… Mais que vient faire la déclaration de guerre de l’Union Soviétique dans cette petite chronologie ? En plein milieu du cheminement des petits évènements menant au largage de la bombe, comme l’ombre d’un monstre qui plane lentement vers le Japon, la déclaration de guerre de l’URSS (Union des Républiques Soviétiques Socialistes) a-t-elle vraiment un rapport avec le reste de cette chronologie ? Serait-ce accusateur de remarquer qu’elle figure à cet endroit comme pour rappeler qu’en ce 9 août 1945 tout sembler ce déchainé contre le Japon ? C’est en tout cas l’impression que ça nous a laissé. Et le reste du musée poursuit sur ce ton accusateur. Il est bien vrai que l’on parle d’une déflagration atomique déchainée directement contre des civils, tués dans l’agonie et sous les brûlures pour ceux qui ne sont morts immédiatement par la puissance du souffle. Toutefois seule la version des civils massacrés est contée, sans aucune référence faîte à la guerre que menait le Japon, aux massacres perpétués par son armée à l’image de Nankin, bien que l’on pourrait rétorquer à ces remarques que ce n’est pas là le thème du musée, quelques rappels auraient éventuellement pus nuancer la manière dont cette mémoire nous est présentée. Les films sur la bombe sous forme de dessins animés et les musiques poignantes ne manquent pas de renforcer cette impression d’un regard noir tourné vers le responsable d’un tel massacre aussi gratuit. Disons que remettre un peu mieux la bombe dans son contexte historique aurait pu être bénéfique.

Un accent est ensuite mit tout naturellement sur l’existence même de l’arme nucléaire et de sa possession par les grandes puissances, possession qui met la paix en équilibre sur une peur instable. Tout naturellement le musée prône un monde où cette arme nucléaire serait bannie, mais encore une fois le message passe plus ou moins bien, après que soit listées les puissances possédant la bombe, leur nombre, les variations de ce nombre de bombes au fils des années, puissances dont le Japon est exclu évidemment.

Parmi ces nations les Etats-Unis, la seule à avoir fait un usage ciblé de l’arme de destruction massive. Aucune phrase à priori ne pointe du doigt le pays qui a provoqué tous ces morts, mais l’on notera toutes fois les archives où des membres de l’US Air Force préparent Fat Boy, la peignent, et la charge ans l’avion. On peut encore voir l’hommage rendue au B 52, l’avion pouvant « transporter plusieurs armes nucléaires, devenu le principal bombardier stratégique de l’armée de l’air américaine dans les années 50 ». L’accusation est relativement implicite mais reste présente. Des accusations qui sur la scène diplomatique n’ont visiblement jamais fusé, contrairement à celle de la Corée du Sud et de la Chine qui aiment fréquemment rappeler au Japon sa responsabilité dans les massacres menées contre leurs populations civiles. Mais des déclarations un peu trop provoquantes seraient peut-être mal venues, au vue des tensions liées à une volonté naissante au sein du gouvernement japonais de se libérer de la tutelle militaire américaine avec notamment l’idée de modifier l’article 9 de sa constitution qui interdit à la nation nipponne d’avoir une armée capable de se projeter hors de ses frontières.

En somme, difficile de raconter l’histoire de manière neutre, même lorsque l’on raconte l’inacceptable.

Lucass
Je suis en 1ère année de double licence Histoire-Sciences Politiques à Paris 1. Je pratiquais déjà l'aïkidô depuis deux ans quand j’ai commencé à le pratiquer dans le cadre universitaire. La manière de pratiquer, c’est cette diversité de pratiquants qui donne sa richesse à ce club, où j’ai ré-appris à considérer les arts-martiaux.

Lucass

Je suis en 1ère année de double licence Histoire-Sciences Politiques à Paris 1. Je pratiquais déjà l'aïkidô depuis deux ans quand j’ai commencé à le pratiquer dans le cadre universitaire. La manière de pratiquer, c’est cette diversité de pratiquants qui donne sa richesse à ce club, où j’ai ré-appris à considérer les arts-martiaux.

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