La barrière de la langue : une frontière versatile

Après la journée passée à Okayama au cours de laquelle nous avons partagé un entrainement avec des étudiants de toute la préfecture à l’Université éponyme, ainsi qu’un repas pendant lequel des étudiants en littérature française se sont joints à nous pour échanger, nous avons pris un train local en fin de journée jusqu’à la ville de Takahashi, accompagnés d’Edouard et de Monsieur Shimizu. Ce projet d’échange universitaire de l’aikidô a trouvé écho à la volonté de la mairie de Takahashi d’accroitre le tourisme dans sa région. Ainsi Edouard a diffusé quelques mois avant notre arrivée une annonce dans le journal local invitant les habitants souhaitant accueillir un ou plusieurs d’entre nous – étudiants français – à se manifester. Cinq familles ont répondu, et d’autres ont fait savoir à Edouard leur regret de ne pas avoir vu l’annonce après notre séjour là-bas.

Isabelle et moi nous sommes retrouvées chez une charmante famille, les deux parents et leurs deux jeunes filles sont venus nous chercher à la gare de Takahashi. Très vite, la timidité est surmontée des deux côtés et le père, Kojiro, s’empresse de sortir une feuille sur laquelle sont notées des formules de politesse et des phrases utiles en français et en japonais pour amorcer l’échange. Premiers rires complices entre nous face à tant d’attention et d’efforts de leur part. De notre côté, le papier similaire préparé par Gabrielle nous est très utile. La mère, Naoko, a pris quelques cours d’anglais par le passé. Quant aux deux jeunes filles, Nanase et Shina, âgées d’une vingtaine d’années, leur timidité s’étiole au fur et à mesure de la soirée.

Après une dizaine de minutes de marche, nous arrivons enfin chez nos hôtes. La porte poussée, nous découvrons un tableau sur lequel est écrit en français « Bienvenue Isabelle et Lilia », accompagné d’un dessin. Naoko s’empresse de nous montrer notre chambre, très spacieuse, ainsi que plusieurs yukatas disposés dans un coin, à porter si nous le souhaitons après nous être lavées – bien entendu. Naoko nous conduit ensuite dans la salle où nous dinerons, et des apéritifs sont d’ores et déjà posés sur la table. Elle nous demande gentiment si nous préférons manger ou nous doucher en premier. Isabelle et moi n’avons qu’à nous échanger un regard pour se mettre d’accord sur le fait que la douche est le plus urgent et le plus attendu, après cette journée d’entraînement et d’ascension d’une montagne, sous la chaleur et l’humidité qu’on peut imaginer dans un pays tropical en pleine saison estivale.

Après ce moment de détente, nous pouvons enfin choisir un yukata à enfiler pour la soirée. Heureusement que nous avions eu une première expérience dans l’auberge où nous résidions à Kyoto. Mais, malgré tout, l’aide de Naoko fut précieuse, notamment pour nous montrer comment former le nœud dans le dos avec la ceinture. Pendant ce temps, Nanase et Shina s’amusent bien devant notre « détresse ». Après avoir réussi à mettre correctement nos sublimes yukatas, nous nous rendons ensuite dans la salle à manger. Nous sommes accueillies avec des exclamations, des compliments et des sourires par toute la famille. Le repas est visuellement très esthétique – tant dans la disposition des plats dans le plateau que les couleurs, sans parler de la vaisselle – et très diversifié. Plusieurs petites portions de divers aliments composent le dîner : des légumes (courge, aubergine, radis, etc.), un chuwan-mashi (flanc japonais – succulent), une soupe, un bol de riz blanc, etc.

A chacune de nos interactions, il est amusant de constater comme nous jouons sur trois langues – anglais, français et japonais – mais surtout comme le langage corporel et les expressions du visage (les yeux, le sourire, voire le rire) prennent une grande place dans l’échange. Même s’il y a parfois quelques moments où nous ne parvenons pas tout de suite à trouver les mots pour nous faire comprendre, l’effet produit une fois que nous y arrivons n’en ressort que plus intense (exclamations, rires, etc.). C’est aussi un moment où nous nous rendons compte, Isabelle et moi, à quel point la prononciation est importante en japonais pour se faire comprendre. Une anecdote survenue au cours du repas l’illustre parfaitement. Lorsque Naoko me demande comment est véhiculée la culture japonaise en France, je ne peux m’empêcher de lui parler des mangas et films d’animation qui ont notamment bercé les générations des années 1980 et 1990. Je cite quelques exemples, dont Dragon Ball, et face à leur absence de réaction, je réalise qu’ils n’ont pas dû comprendre. Je tente alors de prononcer en japonais « Dragôn Ballu » et tout de suite, nous faisons face à une effusion de réactions, d’exclamations, et Kojiro simule même un « kameha-meha ». Ils sont surpris qu’en France mangas et films d’animation soient si populaires.

Nous avons donc eu la chance de partager un véritable moment complice avec cette famille durant une soirée bien remplie et inoubliable. Des échanges d’omiyage (cadeaux) ont eu lieu, et des photos ont été prises par Isabelle, ce qui participera à conserver et entretenir le souvenir de cette rencontre.

Lilia
J’ai obtenu ma Maîtrise en Géographie du développement à Paris 1. J’ai découvert l’aikidô au cours de ma deuxième année de Licence. C’est surtout le savoir, la pédagogie, le niveau de pratique et la bienveillance émanant de chacun qui font de notre club ce qu’il est: un lieu chaleureux mêlant effort physique et détente.

Lilia

J’ai obtenu ma Maîtrise en Géographie du développement à Paris 1. J’ai découvert l’aikidô au cours de ma deuxième année de Licence. C’est surtout le savoir, la pédagogie, le niveau de pratique et la bienveillance émanant de chacun qui font de notre club ce qu’il est: un lieu chaleureux mêlant effort physique et détente.

Laisser un commentaire